lundi 24 mars 2008

******* Interrruption des programmes pour une durée indéterminée *******
Merci de votre compréhension.



(et MERCI a tous les commentateurs!!!!)

lundi 17 mars 2008

Perspective(s) :: #2 Profondeur

20h, et déjà les corridors sont déserts. Mes pensées sont déjà de retour dans la Chambre, soustrayant d’avance tout intérêt au quart d’heure de trajet qui s’annonce. Ces heures sup’ en bibiothèque m’ont fatiguée, et la clémentine de tout à l’heure ne suffit plus à calmer ma faim ; je rentre, c’est tout vu.

Pourtant, quelque chose dans le silence fait taire ce zèle pragmatique. Je tourne la tête vers un Cottrell nébuleux ; il y a quelque chose là-bas qui m’appelle. L’attrait du lieu où je ne devrais pas être, peut-être ? Mon grand classique, toujours où je ne devrais pas, jamais où je devrais... et en perpétuelle chasse d’un ailleurs à conquérir...

Je fais demi-tour et prends la passerelle. Mes pas résonnent sur le dallage. A travers les vitres, il fait nuit noire.

Plein-phares. Je suis repérée. Instantanément, les néons inondent l’espace de leur lumière crue et salissante. Tout le couloir est sur moi. Textures grossières, contrastes nauséeux, normalisation a-esthétique et déchargée de toute résonance affective. L’university me vômit dessus son fonctionnalisme. Les lampes buzzent, les circuiteries ronflent. La machine se met en quatre alors qu’il n’y a que les absents pour remplir l’espace. Et ça fait mal.

C’est que sans une meute d’étudiants pour lui insuffler un mouvement, sans des séminaires et des tutoriaux, des consorts ampoulés, des hyperboles futiles, des sweats à capuche, des vessies pleines et des ventres qui gargouillent, Cottrell n’est plus qu’un dédale disgracieux, une masse carton-pâte inutile, en mal de raison d’être. Le signifié a déserté le signifiant ; il est oeuvre d’art malgré lui, photographie surexposée, bien trop nette pour un tel superflu. Et moi qui exhibe, met à nu ces couloirs, d’un regard qui leur reflète leur laideur... Ils ne le supportent pas. Il me faut partir, les laisser à nouveau s’évanouir pudiquement dans l’obscurité ; ou bien leur rendre leur fonction, et les traverser.

Aspirée dans les tunnels, je suis, somnambule, un fil invisible qui m’attire vers une destination, peu importe laquelle, pourvu qu’il y ait trajet. Je compte sur Cottrell pour m’amener là où je suis attendue ; après tout, c’est lui qui m’a sollicitée. Alors je fais confiance. J’entre dans des salles ouvertes, et navigue entre les ordinateurs ici, les photocopieuses là. J’active les portails électriques, lis les panneaux indicatifs. Vases communicants, l’absurdité de mes actes revalorise l’ego des Pierres. Je me demande sous quelle forme viendra la rétribution...

Et d’un coup, je commence à entendre. Une incantation en déroute, une ritournelle qui a perdu son chemin, et qui n’est plus qu’un murmure, un soupir, un doute. Un appel ? une invitation ? Je presse l’allure ; elle m’attend au tournant. Elle gonfle, s’étoffe. Je la rattrape... ou m’a t’elle attrapée ? Je me fige.
Dans mon couloir, rien ne bouge. Mais derrière ses portes, des empires se font et se défont. Des mélopées s’entremêlent et se désaccordent entre elles ; des notes aux textures chicanières qui communient avec des rythmiques heurtées. Les airs dégoulinent de tous les côtés et colorent les murs. C’est l’oraison d’un monde qui n’existe qu’hors du monde, hors des instances du prévisible ; une réalité alternative qui continue quand l’institution s’arrête. Je souris. Cottrell n’a plus besoin de moi ; il a la musique.

Je sors.
Dehors, il pleut. La lumière orange des lampadaires se déverse sur le sol. Toujours personne. Je m’empresse de sortir mon parapluie, avant de m’élancer. Il n’y a pas trop de vent ; dessous lui, je suis en sécurité. Le froid ne m’atteint pas.
Pourtant quelque chose n’est pas à sa place. Une saveur particulière plane, familière mais dissonante. Le clapotis de l’averse sur la toile semble me murmurer quelque chose ; un code, un secret. Mais je ne comprends pas bien ce langage, dont pourtant je connais les mots – ou est-ce l’inverse ? Mais plus j’avance, plus le message se clarifie. Mon mouvement lui-même lui rend du sens. Ce n’est bientôt plus le bruit de la pluie que j’entends, mais celui des souvenirs qui cognent à ma porte. Déjà, je suis ailleurs, je suis avant, je suis en décembre 2007, au faîte des contradictions et des paradoxes de ma fin de semestre ; décor identique, symboles chavirés....
L’orage de souvenirs m’électrocute, capté par cette antenne parabolique de fortune au dessus de moi. Tout s’engouffre dans la faille temporelle, les souffles de cette existence oxymorique, obsessionnelle, où tout, jusqu’au rien, s'élevait au paroxysme ; cette parcelle de vie autarcique, faite d’un univers émotionnel et sensoriel unique, tellement daté, qui clashe dans mon cosmos de maintenant... tout me revient d’un coup. Nuit perpétuelle et lumière artificielle, décadence dé-cadencée, déchirements, sautes d'humeur, solitude et dépendances, isolation et fusion, calme et tempête, fin et commencement, chat et souris, cascade de dérapages contrôlés, où le futur modelait un présent à l’incertaine certitude, îlot exigu au milieu d’eau à perte de vue, épuisement, exultation, désarroi, fuite en avant tandis que les pièces de la tragédie se mettaient en place... Une réalité qui était rêve, et des rêves de réalité...

Je continue de marcher, prise sous l’ombrelle dissidente, mais protectrice aussi... Ainsi, je démêle les noeuds... Je calme les anxiétés, je me souviens... Je crois que je commence à comprendre ce que me voulaient ces murs... Ces trajets... ces lieux... Ces expéditions clandestines de ma chambre à Cottrell, en ces heures absurdes de la nuit, pour aller finir en salle informatique un essay sacrifié à d’autres affaires... Ces marches irréelles à travers un campus silencieux, toutes en pensées décalées (est-ce réel ? et si je disparaissais ? que laisserais-je alors derrière moi ?), désespérant d'échapper à une réalité émotionnelle trop complexe... Ces nuits que j’ai vécues, dont j’ai senti chacune des heures, des minutes s’échouer sur moi et amener sa dose d’abattement... mais le poids de l’impératif, la cravache de la grande aiguille, et aussi cette curieuse atmosphère, cette étrange solidarité, ce soutien mutuel liant les quelques âmes en peine qui hantent les salles info, ces papillons de nuit gravitant, sporadiques, autour des écrans de lumière... tout en non-dit... Et la nuit qui s’effrite... Le bleu qui pointe... Huit heures... Un café au distributeur, et ça repart... L’adrénaline qui monte, les neurones qui fusent, les yeux désorbités, frénésie quasi-démiurgique... plus que quelques heures pour boucler... Ca y est, neuf heures, les nouveaux venus affluent sous « nos » regards condescendants... Ils ne peuvent pas comprendre... Ils ont manqué la nuit... Dix, onze heures... Dernières touches et retouches... Encore et encore... Ah si j’avais pu laisser maturer... Mais non, il faut accepter d’entériner ces phrases et idées à peine sorties de l’oeuf... Pas le choix... Puis, la course effrennée jusqu’au Department, submission form, agrafe, et c’est lâché... Et sentir, enfin, dix heures s’abattre sur moi d’un coup... On ne badine pas avec le Temps, les délais se paient... Et ainsi me traîner, tremblante, jusqu’à la Chambre, pour m’effondrer et dormir jusqu’à la tombée de la nuit nouvelle... suite et recommencement...

J’ai fait le voyage jusqu’à l’infra-monde, et en suis revenue... J’arrive vers Aithrey Castle, et mes lèvres esquissent un deuxième sourire... Mon pas est sautillant ; je fais virevolter le parapluie dans les gouttes...



De retour à la Chambre, je me lance dans la relecture de mes archives skype, et y découvre des personnages dans leurs costumes d’époque, dans des rôles tous différents de ceux qu’ils tiennent aujourd’hui. Acte...

dimanche 16 mars 2008

(Echo :: #1)



What is a journey?
A journey is not a trip.
It's not a vacation.
It's a process. A discovery.
It's a process of self-discovery.
A journey brings us face to face with ourselves.
A journey shows us not only the world
but how we fit in it.
Does the person create the journey
Or does the journey create the person?
The journey is life itself.
Where will life take you?


(vu au cinéma de Stirling hier)

lundi 10 mars 2008

Perspective(s) :: #1 Introduction

Des voyages, j’en fais.
Mes voyages n’ont peut-être pas leur destination écrite sur un billet en papier glacé. Mais s’il s’agit de s’en aller quelque part, y trouver des merveilles et revenir pas tout à fait la même... pas tant besoin de bouger.
Je navigue à travers la page blanche, mon regard songeur plongé dans l’écume des mots semés au passage... Je navigue à vue, à vitesse variable ; je sens le ronronnement de la machinerie sous moi... Les voiles de papier volent, arrachées du bloc par ma main impatiente, et jonchent ma couverture bleu-océan... J'aperçois la côte, au loin, floue... Le lit tangue.
D'autres fois, le navire est cloué au port. Clouée, je le suis. Les cloisons se rematérialisent, mon immobilité se révèle à moi. La machine a des ratés, j’en ai aussi, sans doûte encore plus...

Mais qu'en est-il de la météo?
L’air. Toujours le même vent figé ; et ce n’est pas d’aérer qui change quoi que ce soit, il revient toujours. Figé et figeant, du moins pour ce qui est des objets qui font la chambre, et de moi dans elle. Je n’échange et n’intéragit plus avec la chambre. Elle est relique d'un autre temps, et son air ne manque pas de me le rappeler à chaque inspiration. Elle me fait peur. Je reste en retrait d’elle ; je suis dans elle et hors d’elle ; nourrie par elle, suffoquée par elle ; je désespère de me mettre à distance par la grace de l’écriture, mais celle-ci ne s’offre pas à moi facilement... et même quand elle le fait, cet air me baigne toujours, je l’inspire et il m’inspire ; j’expire en mots ce que j’ai aspiré de lui.

L’air-poison a un goût suave et familier, il neutralise, paralyse, barre la route à tout changement de perspective. La perspective de cette chambre est toujours la même ; d’un seul regard je l’embrasse entièrement. L’air y est le même partout, et je l’emporte avec moi, dans mes vêtements, sur mon corps ; il me biberonne, me berce et m’endort doucement, collecte mes impulsions qu’il enferme dans la chambre-bocal -- où que je sois, puisque je finis toujours par revenir. Et quand ces impulsions me poussent vers l’avant, vers un autre voyage, le vent dicte invariablement la direction du navire, qui va au gré de ses humeurs, de cette humeur unique, aggrégation de toutes les précédentes. Je fasconne dans ce moule, air, une odeur que je ne sens même plus consciemment, mais que je « connais », que je possède.

Qu’est ce qui, par lui, pénètre chaque pore de ma peau ? Une effluve d’un temps passé et en passance, qui porte en lui l’appel d’un ailleurs, la fatigue d’une dissension, le fatalisme d’une désynchronisation... De vieux échos qui rebondissent sur les murs depuis 6 mois et qui me sussurent à l’oreille que ma vie est ailleurs, que mes envies sont ailleurs, qu’ici ce n’est rien de plus qu’une survie transitoire, un délai avant éclosion... un discours qui fait peur, quand on sait que c’était celui que je me nourrissais moi-même pendant l’enfance... Eclosion y-a-t’il eu ? Laborieuse et pénible en tous cas...
En revanche, cela reste des échos, usés par le temps, et ils m’apparaissent faibles et déformés, ignorables, ignorés la plupart du temps. Mais il est vrai que mes préoccupations sont ailleurs ; et sans les avoir arrachées à ici, ils s’assurent au moins qu’elles le restent. Distance, distanciation... Ils en font peu mais ça condionne tout le reste...

Ma catharsis, c'est la pensée, c'est l'écriture... Bien que ne pouvant sortir de ce cadre, elles m'illusionnent, me libèrent. Je m'offre le privilège d'expliciter, de scénariser, de mettre à distance la distanciation. Il n'en faut pas plus qu'une impression d'aller quelque part, même si c'est en bas d'une page. Mais quand l’écriture est absente? Quand l'envie, l'impulsion, a déserté? Quand il ne reste plus que le poids de cet Air, laissé à lui-même puisque n'ayant plus rien à conduire? Je ne suis plus nourrie que de la tentation de me laisser flotter, entre deux eaux, entre deux faux-départs, d’attendre, inerte, laisser les heures s’échouer sur moi, laisser le voile de la nuit vêtir la chambre et venir parfaire la mise en scène... Nuit. Là, il devient enfin légitime d’être « dedans » ; la journée imaginaire a passé et c’est le temps des songes réparateurs à la lueur de cheminée. Pas de cheminée ici ; c’est avec ma guirlande de lumières que j’échange mes sourires intoxiqués, assise sur la moquette incolore... Plus de couleur, non, que celles des diodes de plastique, qui uniformise, baigne chaque objet autour de moi de cette étrange hype, cet étrange cocktail automnal. Enfin sont adoucis les contours acerbes des éclaboussures qui jonchent le sol et les meubles, "mes" objets, ces choses jetées à bas, cicatrices d’un mode de vie dicté par elles. Les oranges et verts pansent ces plaies imprimées sur mon paysage et sur ma routine, impreignées jusque sur le fond de ma pensée. Je peux fusionner avec la chambre. Et le mal-aise, la rébellion cessent complètement puisque la contemplation devient esthétique. Le jour ne décline plus, pressant l’action ; la nuit est installée et stable, le temps s’arrête. L’atmosphère est suave et familière, pesante mais plaisante. Le flot d’idées se déverse et repart, revient, repart à nouveau... dans le Silence... ou le « petit bruit » ? Ronronnement feutré du système de ventilation de l’ordinateur... Martèllement discret de la machine qui déraille... Un rhytme qui cadence celui de mon cerveau... imperturbable... imperturbé...

Le Champ de distortion de la réalité qui s’effectue ici semble avoir un rayon d’action qui va bien au delà de mes quatre murs. Toujours présent pendant mes transits ou à l’uni même... Mais il a une faille ; il n’a pas le monopole de mes ficelles. Et sacrée concurrence que celle que lui appose le...son.

Bien moins insidieux, beaucoup plus visible et radical. Une perfusion, d’un débit incommensurable, de vibrations, non, plus que ca, de musique : d’idées sonores, texturées et ordonnées, en 4 dimensions. La musique est débauchée directement dans ma tête via le fil des écouteurs, éliminant ainsi tout autre bruit ; elle bétonne, isole, étanchéifie, s’exclusivie. Puis, elle prend possession de tous les bastions du conscient et du subconscient et fait le ménage, met au pas, restructure, construit des routes et en ferme d’autres, remodèle cadres et repères à son image. Mon arène cérébrale se mue en édifice à la cohérence inespérée, car appuyé par toute la symbolique sonique contenue dans la musique déversée. Ses portes sont grille de lecture, aposée sur mon système, interprétant tout signal entrant, modelant tout signal sortant. Le monde est façonné différemment. Activement, cette fois. Car si le son me saisit par la main et mène la danse, la transe est volontariste ; je suis armée certes mais d’une légitimité, la nouvelle cosmologie chasse l’incertitude traînante, me revigore et me pousse en l’avant. La donne change, le système sémantique est bouleversé, le champ des possibles décuplé. Au lieu de pousser à l'immobilisme, la musique pousse au mouvement. Si elle prend ma place en tant qu’architecte, parfois c’est moi qui assigne untel à la tâche, parfois untel s’assigne lui même et vient plaider sa cause. Ca donne des résultats intéressants...

Tout est jeu subtil entre surprise et anticipation ...
surprenante anticipation ou surprise anticipée ...
est-ce moi qui fait la vie ou la vie qui me fait ?

Passivité, soumissions ?...
Don’t be fooled... rien n’en est moins sûr.