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lundi 17 mars 2008

Perspective(s) :: #2 Profondeur

20h, et déjà les corridors sont déserts. Mes pensées sont déjà de retour dans la Chambre, soustrayant d’avance tout intérêt au quart d’heure de trajet qui s’annonce. Ces heures sup’ en bibiothèque m’ont fatiguée, et la clémentine de tout à l’heure ne suffit plus à calmer ma faim ; je rentre, c’est tout vu.

Pourtant, quelque chose dans le silence fait taire ce zèle pragmatique. Je tourne la tête vers un Cottrell nébuleux ; il y a quelque chose là-bas qui m’appelle. L’attrait du lieu où je ne devrais pas être, peut-être ? Mon grand classique, toujours où je ne devrais pas, jamais où je devrais... et en perpétuelle chasse d’un ailleurs à conquérir...

Je fais demi-tour et prends la passerelle. Mes pas résonnent sur le dallage. A travers les vitres, il fait nuit noire.

Plein-phares. Je suis repérée. Instantanément, les néons inondent l’espace de leur lumière crue et salissante. Tout le couloir est sur moi. Textures grossières, contrastes nauséeux, normalisation a-esthétique et déchargée de toute résonance affective. L’university me vômit dessus son fonctionnalisme. Les lampes buzzent, les circuiteries ronflent. La machine se met en quatre alors qu’il n’y a que les absents pour remplir l’espace. Et ça fait mal.

C’est que sans une meute d’étudiants pour lui insuffler un mouvement, sans des séminaires et des tutoriaux, des consorts ampoulés, des hyperboles futiles, des sweats à capuche, des vessies pleines et des ventres qui gargouillent, Cottrell n’est plus qu’un dédale disgracieux, une masse carton-pâte inutile, en mal de raison d’être. Le signifié a déserté le signifiant ; il est oeuvre d’art malgré lui, photographie surexposée, bien trop nette pour un tel superflu. Et moi qui exhibe, met à nu ces couloirs, d’un regard qui leur reflète leur laideur... Ils ne le supportent pas. Il me faut partir, les laisser à nouveau s’évanouir pudiquement dans l’obscurité ; ou bien leur rendre leur fonction, et les traverser.

Aspirée dans les tunnels, je suis, somnambule, un fil invisible qui m’attire vers une destination, peu importe laquelle, pourvu qu’il y ait trajet. Je compte sur Cottrell pour m’amener là où je suis attendue ; après tout, c’est lui qui m’a sollicitée. Alors je fais confiance. J’entre dans des salles ouvertes, et navigue entre les ordinateurs ici, les photocopieuses là. J’active les portails électriques, lis les panneaux indicatifs. Vases communicants, l’absurdité de mes actes revalorise l’ego des Pierres. Je me demande sous quelle forme viendra la rétribution...

Et d’un coup, je commence à entendre. Une incantation en déroute, une ritournelle qui a perdu son chemin, et qui n’est plus qu’un murmure, un soupir, un doute. Un appel ? une invitation ? Je presse l’allure ; elle m’attend au tournant. Elle gonfle, s’étoffe. Je la rattrape... ou m’a t’elle attrapée ? Je me fige.
Dans mon couloir, rien ne bouge. Mais derrière ses portes, des empires se font et se défont. Des mélopées s’entremêlent et se désaccordent entre elles ; des notes aux textures chicanières qui communient avec des rythmiques heurtées. Les airs dégoulinent de tous les côtés et colorent les murs. C’est l’oraison d’un monde qui n’existe qu’hors du monde, hors des instances du prévisible ; une réalité alternative qui continue quand l’institution s’arrête. Je souris. Cottrell n’a plus besoin de moi ; il a la musique.

Je sors.
Dehors, il pleut. La lumière orange des lampadaires se déverse sur le sol. Toujours personne. Je m’empresse de sortir mon parapluie, avant de m’élancer. Il n’y a pas trop de vent ; dessous lui, je suis en sécurité. Le froid ne m’atteint pas.
Pourtant quelque chose n’est pas à sa place. Une saveur particulière plane, familière mais dissonante. Le clapotis de l’averse sur la toile semble me murmurer quelque chose ; un code, un secret. Mais je ne comprends pas bien ce langage, dont pourtant je connais les mots – ou est-ce l’inverse ? Mais plus j’avance, plus le message se clarifie. Mon mouvement lui-même lui rend du sens. Ce n’est bientôt plus le bruit de la pluie que j’entends, mais celui des souvenirs qui cognent à ma porte. Déjà, je suis ailleurs, je suis avant, je suis en décembre 2007, au faîte des contradictions et des paradoxes de ma fin de semestre ; décor identique, symboles chavirés....
L’orage de souvenirs m’électrocute, capté par cette antenne parabolique de fortune au dessus de moi. Tout s’engouffre dans la faille temporelle, les souffles de cette existence oxymorique, obsessionnelle, où tout, jusqu’au rien, s'élevait au paroxysme ; cette parcelle de vie autarcique, faite d’un univers émotionnel et sensoriel unique, tellement daté, qui clashe dans mon cosmos de maintenant... tout me revient d’un coup. Nuit perpétuelle et lumière artificielle, décadence dé-cadencée, déchirements, sautes d'humeur, solitude et dépendances, isolation et fusion, calme et tempête, fin et commencement, chat et souris, cascade de dérapages contrôlés, où le futur modelait un présent à l’incertaine certitude, îlot exigu au milieu d’eau à perte de vue, épuisement, exultation, désarroi, fuite en avant tandis que les pièces de la tragédie se mettaient en place... Une réalité qui était rêve, et des rêves de réalité...

Je continue de marcher, prise sous l’ombrelle dissidente, mais protectrice aussi... Ainsi, je démêle les noeuds... Je calme les anxiétés, je me souviens... Je crois que je commence à comprendre ce que me voulaient ces murs... Ces trajets... ces lieux... Ces expéditions clandestines de ma chambre à Cottrell, en ces heures absurdes de la nuit, pour aller finir en salle informatique un essay sacrifié à d’autres affaires... Ces marches irréelles à travers un campus silencieux, toutes en pensées décalées (est-ce réel ? et si je disparaissais ? que laisserais-je alors derrière moi ?), désespérant d'échapper à une réalité émotionnelle trop complexe... Ces nuits que j’ai vécues, dont j’ai senti chacune des heures, des minutes s’échouer sur moi et amener sa dose d’abattement... mais le poids de l’impératif, la cravache de la grande aiguille, et aussi cette curieuse atmosphère, cette étrange solidarité, ce soutien mutuel liant les quelques âmes en peine qui hantent les salles info, ces papillons de nuit gravitant, sporadiques, autour des écrans de lumière... tout en non-dit... Et la nuit qui s’effrite... Le bleu qui pointe... Huit heures... Un café au distributeur, et ça repart... L’adrénaline qui monte, les neurones qui fusent, les yeux désorbités, frénésie quasi-démiurgique... plus que quelques heures pour boucler... Ca y est, neuf heures, les nouveaux venus affluent sous « nos » regards condescendants... Ils ne peuvent pas comprendre... Ils ont manqué la nuit... Dix, onze heures... Dernières touches et retouches... Encore et encore... Ah si j’avais pu laisser maturer... Mais non, il faut accepter d’entériner ces phrases et idées à peine sorties de l’oeuf... Pas le choix... Puis, la course effrennée jusqu’au Department, submission form, agrafe, et c’est lâché... Et sentir, enfin, dix heures s’abattre sur moi d’un coup... On ne badine pas avec le Temps, les délais se paient... Et ainsi me traîner, tremblante, jusqu’à la Chambre, pour m’effondrer et dormir jusqu’à la tombée de la nuit nouvelle... suite et recommencement...

J’ai fait le voyage jusqu’à l’infra-monde, et en suis revenue... J’arrive vers Aithrey Castle, et mes lèvres esquissent un deuxième sourire... Mon pas est sautillant ; je fais virevolter le parapluie dans les gouttes...



De retour à la Chambre, je me lance dans la relecture de mes archives skype, et y découvre des personnages dans leurs costumes d’époque, dans des rôles tous différents de ceux qu’ils tiennent aujourd’hui. Acte...

lundi 10 mars 2008

Perspective(s) :: #1 Introduction

Des voyages, j’en fais.
Mes voyages n’ont peut-être pas leur destination écrite sur un billet en papier glacé. Mais s’il s’agit de s’en aller quelque part, y trouver des merveilles et revenir pas tout à fait la même... pas tant besoin de bouger.
Je navigue à travers la page blanche, mon regard songeur plongé dans l’écume des mots semés au passage... Je navigue à vue, à vitesse variable ; je sens le ronronnement de la machinerie sous moi... Les voiles de papier volent, arrachées du bloc par ma main impatiente, et jonchent ma couverture bleu-océan... J'aperçois la côte, au loin, floue... Le lit tangue.
D'autres fois, le navire est cloué au port. Clouée, je le suis. Les cloisons se rematérialisent, mon immobilité se révèle à moi. La machine a des ratés, j’en ai aussi, sans doûte encore plus...

Mais qu'en est-il de la météo?
L’air. Toujours le même vent figé ; et ce n’est pas d’aérer qui change quoi que ce soit, il revient toujours. Figé et figeant, du moins pour ce qui est des objets qui font la chambre, et de moi dans elle. Je n’échange et n’intéragit plus avec la chambre. Elle est relique d'un autre temps, et son air ne manque pas de me le rappeler à chaque inspiration. Elle me fait peur. Je reste en retrait d’elle ; je suis dans elle et hors d’elle ; nourrie par elle, suffoquée par elle ; je désespère de me mettre à distance par la grace de l’écriture, mais celle-ci ne s’offre pas à moi facilement... et même quand elle le fait, cet air me baigne toujours, je l’inspire et il m’inspire ; j’expire en mots ce que j’ai aspiré de lui.

L’air-poison a un goût suave et familier, il neutralise, paralyse, barre la route à tout changement de perspective. La perspective de cette chambre est toujours la même ; d’un seul regard je l’embrasse entièrement. L’air y est le même partout, et je l’emporte avec moi, dans mes vêtements, sur mon corps ; il me biberonne, me berce et m’endort doucement, collecte mes impulsions qu’il enferme dans la chambre-bocal -- où que je sois, puisque je finis toujours par revenir. Et quand ces impulsions me poussent vers l’avant, vers un autre voyage, le vent dicte invariablement la direction du navire, qui va au gré de ses humeurs, de cette humeur unique, aggrégation de toutes les précédentes. Je fasconne dans ce moule, air, une odeur que je ne sens même plus consciemment, mais que je « connais », que je possède.

Qu’est ce qui, par lui, pénètre chaque pore de ma peau ? Une effluve d’un temps passé et en passance, qui porte en lui l’appel d’un ailleurs, la fatigue d’une dissension, le fatalisme d’une désynchronisation... De vieux échos qui rebondissent sur les murs depuis 6 mois et qui me sussurent à l’oreille que ma vie est ailleurs, que mes envies sont ailleurs, qu’ici ce n’est rien de plus qu’une survie transitoire, un délai avant éclosion... un discours qui fait peur, quand on sait que c’était celui que je me nourrissais moi-même pendant l’enfance... Eclosion y-a-t’il eu ? Laborieuse et pénible en tous cas...
En revanche, cela reste des échos, usés par le temps, et ils m’apparaissent faibles et déformés, ignorables, ignorés la plupart du temps. Mais il est vrai que mes préoccupations sont ailleurs ; et sans les avoir arrachées à ici, ils s’assurent au moins qu’elles le restent. Distance, distanciation... Ils en font peu mais ça condionne tout le reste...

Ma catharsis, c'est la pensée, c'est l'écriture... Bien que ne pouvant sortir de ce cadre, elles m'illusionnent, me libèrent. Je m'offre le privilège d'expliciter, de scénariser, de mettre à distance la distanciation. Il n'en faut pas plus qu'une impression d'aller quelque part, même si c'est en bas d'une page. Mais quand l’écriture est absente? Quand l'envie, l'impulsion, a déserté? Quand il ne reste plus que le poids de cet Air, laissé à lui-même puisque n'ayant plus rien à conduire? Je ne suis plus nourrie que de la tentation de me laisser flotter, entre deux eaux, entre deux faux-départs, d’attendre, inerte, laisser les heures s’échouer sur moi, laisser le voile de la nuit vêtir la chambre et venir parfaire la mise en scène... Nuit. Là, il devient enfin légitime d’être « dedans » ; la journée imaginaire a passé et c’est le temps des songes réparateurs à la lueur de cheminée. Pas de cheminée ici ; c’est avec ma guirlande de lumières que j’échange mes sourires intoxiqués, assise sur la moquette incolore... Plus de couleur, non, que celles des diodes de plastique, qui uniformise, baigne chaque objet autour de moi de cette étrange hype, cet étrange cocktail automnal. Enfin sont adoucis les contours acerbes des éclaboussures qui jonchent le sol et les meubles, "mes" objets, ces choses jetées à bas, cicatrices d’un mode de vie dicté par elles. Les oranges et verts pansent ces plaies imprimées sur mon paysage et sur ma routine, impreignées jusque sur le fond de ma pensée. Je peux fusionner avec la chambre. Et le mal-aise, la rébellion cessent complètement puisque la contemplation devient esthétique. Le jour ne décline plus, pressant l’action ; la nuit est installée et stable, le temps s’arrête. L’atmosphère est suave et familière, pesante mais plaisante. Le flot d’idées se déverse et repart, revient, repart à nouveau... dans le Silence... ou le « petit bruit » ? Ronronnement feutré du système de ventilation de l’ordinateur... Martèllement discret de la machine qui déraille... Un rhytme qui cadence celui de mon cerveau... imperturbable... imperturbé...

Le Champ de distortion de la réalité qui s’effectue ici semble avoir un rayon d’action qui va bien au delà de mes quatre murs. Toujours présent pendant mes transits ou à l’uni même... Mais il a une faille ; il n’a pas le monopole de mes ficelles. Et sacrée concurrence que celle que lui appose le...son.

Bien moins insidieux, beaucoup plus visible et radical. Une perfusion, d’un débit incommensurable, de vibrations, non, plus que ca, de musique : d’idées sonores, texturées et ordonnées, en 4 dimensions. La musique est débauchée directement dans ma tête via le fil des écouteurs, éliminant ainsi tout autre bruit ; elle bétonne, isole, étanchéifie, s’exclusivie. Puis, elle prend possession de tous les bastions du conscient et du subconscient et fait le ménage, met au pas, restructure, construit des routes et en ferme d’autres, remodèle cadres et repères à son image. Mon arène cérébrale se mue en édifice à la cohérence inespérée, car appuyé par toute la symbolique sonique contenue dans la musique déversée. Ses portes sont grille de lecture, aposée sur mon système, interprétant tout signal entrant, modelant tout signal sortant. Le monde est façonné différemment. Activement, cette fois. Car si le son me saisit par la main et mène la danse, la transe est volontariste ; je suis armée certes mais d’une légitimité, la nouvelle cosmologie chasse l’incertitude traînante, me revigore et me pousse en l’avant. La donne change, le système sémantique est bouleversé, le champ des possibles décuplé. Au lieu de pousser à l'immobilisme, la musique pousse au mouvement. Si elle prend ma place en tant qu’architecte, parfois c’est moi qui assigne untel à la tâche, parfois untel s’assigne lui même et vient plaider sa cause. Ca donne des résultats intéressants...

Tout est jeu subtil entre surprise et anticipation ...
surprenante anticipation ou surprise anticipée ...
est-ce moi qui fait la vie ou la vie qui me fait ?

Passivité, soumissions ?...
Don’t be fooled... rien n’en est moins sûr.

jeudi 28 février 2008

Des bugs dans Scotland 2.0

Un silence depuis 2 semaines qui n’a rien d’accidentel.
Car ce deuxième semestre se poursuit lui aussi inaccidenté.

Je ne m’ennuie pas, non. Je vis. Je sors. Je vois du monde (un peu). Je fais des choses. Je me passionne pour mes cours. Les jours s’allongent, et même si la météo est davantage dans les standards écossais post-apo que d’habitude, je me plais à être ici.

Mais en levant le nez du guidon et posant le regard contemplatif de la bloggeuse sur cette vie, rien ne me saute au visage. Rien ne s’impose à ma plume numérique. « Things have been happening, I just... ». C’est précisément ça, Jen. Ce n’est pas que rien ne s’est passé, c’est que rien n’est davantage digne d’être raconté qu’autre chose. L’équilibre général normalise la kyrielle d’évènements qui a fait ma vie ces dernières semaines. Pas question de tout raconter, ce sera donc rien, par défaut. Et pourtant, je n’ai jamais été aussi en harmonie, ici en Ecosse.

En marge de cela, et dans cette même vie mais décalé de quelques degrés de réalité, des forces contraires s’affrontent dans la violence et amènent leur lot de changements et d’espoirs. Pour l’instant, il n’y a qu’en haute mer que la tempête rage. Pas de tsunami qui déferle sur les eaux côtières, mais les marées se transforment, lentement mais sûrement, durablement. Je mue. Je deviens moi.

...Il me semble que je n’en demandais pas plus, le semestre dernier : une vie active et rangée, et des enjeux intellectuels stimulants me poussant à la remise en question.






Un semestre inaccidenté, disais-je... jusqu’à ce que le grain de sable s’engouffre dans la belle mécanique. J’en ai déjà parlé, mais à la mesure du non-évènement que c’était à l’origine : un dérèglement d’ordinateur. Qui aurait pu prévoir à quel point ce dérèglement allait être contagieux? C’est que la Pomme et son mac vivent en symbiose, et toute affliction de l’un infecte l’autre.

La douleur est chronique, imprévisible, inévitable, incurable. Les convulsions arrivent et bloquent irrémédiablement toute activité, pendant une minute, ou 10, ou 20. Un bruit, un ronronnement régulier et lobotomisant émane de la machine blessée, qui s’étale, s’étale, prend tout l’espace, tout l’esprit, ne laissant en moi que de l’ « helplessness » face à ce partenaire agonisant, qui me rejette sans qu’il n’y ait rien que je puisse faire.

Ca tourne à l'obsession. Depuis l’accident je ne dors pas bien la nuit. L’enthousiasme qui me reste au réveil est crevé dans l’oeuf, quand je constate que la nuit n’y a rien changé. L’empathie se transforme en frustration. Tout élan est coupé court, toute motivation est enchaînée. Je traine un boulet à mon pied depuis une semaine et demie. Je suis handicapée. La frustration se fait haine, dégout de me faire touner le dos au moment ou j’aurais le plus besoin de soutien. A la force intellectuelle et émotionnelle qui me pousse vers l’avant s’oppose implacablement cette inertie qui divise le temps, multiplie la durée, distort et dilue toute entreprise. Je suis immobilisée, réduite à l’inaction, vidée, privée de perspective, n’ayant plus qu’à attendre un temps indéfini. La haine se mue en rage, la rage en folie, puis en néant spirituel. Mon monde est mis sur pause. Mon futur m’est confisqué. A l’image de la machine, je me dépressurise. Dépression, risée : des nuages viennent la pluie, je m'écoule, je m'écroule...

Chaque jour, la gangraine gagne un peu de terrain. Chaque jour je me fane un peu, comme les fleurs sur ma commode.

Alors oui, il y a quelques démarches que je pourrais opposer à la fatalité, quelques démarches, sans doûte pas si compliquées que ca. Mais les forces me manquent.

Cette incapacitation ravive une vieille blessure. Celle du manque, de la privation de vous. Il s’abat sur moi alors que me sont coupés les vivres qui me permettent de la compenser, de la contourner. Pour tant de choses, et celle-ci avec, je suis entièrement tributaire de l’ElliMac, ma passerelle vers... vers tout. Le Portail s’est enrayé. Il ne reste alors plus que « moi, ici », plantée devant, exclue, prisonnière de mes manques, étouffée par ce ronronnement martelé qui imprime ses messages subliminaux dans ma coquille vide.

Si je suis capable d’écrire tout ça, maintenant, c’est dans un répis, une brèche, une fissure dans le mur des plantages. Il semblerait que couper Internet diminue leur fréquence. Serait-ce un signal ? Que faut-il que j’en fasse ?

Je me sens d’autant plus ralentir que l’enseignement écossais nous fait vivre dans la langueur extrème. L’unité de temps ici n’est pas la journée, mais la semaine. Mais la cadence des plantages explose cette semaine en autant de micro-cellules, imposant un micro-rhytme, une vie fragmentée, disséquée.

Tout ça pour ça...

Mars s’étend devant moi comme le champ de blé sur le plateau d’Ormoy-la-Rivière dans mon regard de petite fille.

dimanche 17 février 2008

Occuper mes journées

L'idée, c'est que la donne n'a pas changé depuis le premier semestre : toujours aussi peu de cours, toujours une luminosité limitée (pour l'instant), et surtout, toujours dans la même chambre recluse au fin fonds du campus, lui-même perdu à des kilomètres du centre névralgique de Stirling, elle-même ville très moyennement animée.
Mêmes écueils à éviter donc :



Jusqu'ici, les bonnes résolutions tiennent le coup. Je boude raisonnablement skype et les chats, j'arrête l'ordi à minuit pour être au lit au plus tard dans la demi-heure, ce qui me permet de me lever sans aucune difficulté à 9h30. Et je remplis ma journée. Et si, bien sûr, plus ça va plus je suis permissive en termes de dérogations, je garde un rythme relativement sain. Si, si.

Le problème, c'est qu'entre les débuts et les fins de journées, il y a les journées elles-mêmes. Et étant donné que mes misérables 9h de cours n'ont même pas encore toutes commencé, je fais face à un problème de taille : comment occuper mon temps libre?!?

Plusieurs pistes, aux résultats inégaux.


Going Out For A Walk.

Le petit projet, c'était le Wallace Monument ; vous savez, le Baradhur de mon vieux message de septembre modestement consacré à l'herbe du campus (j'en écris des conneries moi, didonc...). Depuis le temps qu'il nous narguait, du haut de sa colline, celui-là, Margaux s'était dit que cette fois il allait enfin rien perdre pour attendre.

Et pourtant, si, perdu, il en échappe belle une fois encore, puisque nous arrivons 1/4h après la fin des visites (euh, ils sont gentils, mais arrêter les visites à 16h c'est pas non plus la grosse éclate!!).

Ce ne fut pas une perte de temps totale, puisque nous mirent à profit la journée pour aller faire de grosses courses à Tesco, et, nettement plus intéressant, nous pinter la gueule au Wallace...Pub. Avec du cidre, s'il vous plait. Comme quoi, Going Out For A Drink, ça marche aussi. Sur la droite, c'est Katie, colloc américaine fofolle de Margaux.









Un petit clin d'oeil au Lazouillon : Que Crrrrrraaaaaig n'a-t-il point pris la peine de préciser que cette magnifique statue se trouvait à STIRLING!!! Hiiiiii!!!
(réponse : parce que pas un seul amerloque a entendu parler de cette ville?...)

Pour les autres : hé oui, quand on fait des statues de William Wallace, désormais, on leur impose la tronche de...Mel Gibson.







Spreading The French Word.

Après avoir initié Jen, au grand dam de sa mère, aux plus obscures et créatives facettes de notre belle langue française ("Vaaah the fairww fou'twwwe"!!), je continue à lui distiller notre culture, extravagances cullinaires en tête.

...et pourquoi pas une ptite Raclette, hein Christine???
Dans l'appellation comme dans la recette, il me sera pourtant impossible de m'abstraire de toute empreinte britishe.
D'une part, "Raclette" contient ce "r" imprononçable pour nos confrères d'outre-manche, qui ne savent rien d'autre que rouler ou gober leurs airs.
D'autre part, faudrait quand même pas espérer pouvoir trouver du morbier dans les rayonnages du Tesco local. Non, pour eux, cheese, c'est 4 x 2 m de cheddar décliné dans de multiples coloris criards, et un minuscule shelf "continental", que tout un chacun prend soin d'éviter minutieusement, et dans lequel on trouve surtout de ce que le continent a de plus asipide. Parfois quelques italiens sympas, parmesan, gorgonzola, ou du brie français, mais ça n'ira surtout pas plus loin. Bref, pour la raclette, c'est coton, et il va falloir se résoudre à entâcher l'intégrité des slots téfal en y mettant du cheddar. Idem pour la charcute : smoked bacon. Point de vue goût et consistance, la française en moi versera une petite larme, mais discrète pour ne pas trop dépayser Jen qui semble trouver ce mariage des genres à son goût. La raclette pèsera lourd sur l'estomac de Margaux, mais aussi sur la conscience de Katie, la sportive, qu'on avait déjà arrachée à sa gym quotidienne pour le Wallace Pub.




Cooking.

Dans la ligne directe de ce qui précède, car comment dit-on "gratin" en anglais? "gwwâââ'tain". J'en conclus "spécialité française". En tous cas, je suis très très fière de mon gratin d'aubergines, parce qu'il était putain de bon. Et c'est pas la Jen qui va me contredire.
Une couche aubergines/oignons "en cocotte". Une couche poulet émietté et frit à la poele. Une couche sauce tomate un peu fancy. Une couche cheddar rapé (ouiiii je sais, j'ai oublié le parmesan...). Et des pitites z'épices pour parfumer le tout. Mmmm!







Drawing.

En guise de merci aux McKeown, j'ai sorti mes encres et une GRANDE feuille à dessin. Sur ma lancée, je continue la peinture ; si ca occupe très bien les jours, ça grignotte aussi assez facilement les nuits... Et puis, rester dans ma chambre n'est plus un problème maintenant qu'elle sent bon les lilas!!!!!








Shopping.

De bonnes affaires en bonnes arnaques, sur internet ou au centre commercial de Stirling, ça occupe et ça distrait... Des robes et T-Shirt colorés à £1... Des kits manicure magiques moitié-prix (mais chers quand même!)... De la teinture verte en spray... ou encore le très fameux aspirateur à clavier USB qui s'est révélé être un échec...

Speaking of grignotter du temps, mon ordinateur dont la récente tentative de suicide n'a fait que l'handicaper sévèrement, m'insupporte de plus en plus avec ses longs plantages incessants, si bien que je me surprends à passer beaucoup de temps sur l'Apple Store (quand il me le permet bien sûr), ou plutôt sur LES apple stores, histoire de réver un peu. Qui pourrait me reprocher de plannifier dans ma tête un petit voyage prochain aux Etats-Unis, quand on voit que le même ordinateur coûte, en dollar par exemple, 2700 aux US, 3500 en UK, et 4000 chez nous pauvres pigeons!! Le même produit avec un voyage aux US en prime? Ca ne se refuse pas. Ce n'est pas parce qu'Apple est une pomme que je lui donne le droit de me marronner la poire. Si l'euro a la pêche, plutôt que de se presser le citron, je ramènerai ma fraise à la Grosse Pomme! Affaires juteuses, me voici!!!



Working.

Wor-koi?

dimanche 16 décembre 2007

Petites updates pré-vacances...

La Scottish Elli, d'abord, elle a passé ses examens... sans le badge du Parlement mais quand même tous dans ce même T-shirt, en fait, histoire de bien montrer "where her loyalty lies" (et aussi par superstitution débile). Les résultats ne seront pas forcément brillants (du moins pas tous) mais "c'est fait", et avec les excellentes notes de tutorial, ca devrait me permettre de passer deux mois de vacances tranquilles.

Deux mois de vacances...
Deux mois...
Euh... je suis toujours dans la Scube, ou?...


La célébration de la fin des emmerdements s'est faite par une petite aprèm "régression" avec la co-loque Pipotienne, au programme initiation de la miss à Crash Team Racing (qui commence à pas trop mal s'en tirer en mode "facile"!), puis vieux délires sur les minikeum et autres hauts-lieux de culture des gamins des 90s que nous fûment, et enfin, décadence achevée en se ruinant au Mc Do de la ville par de gros specials bien gras et délicieux, et un McFlurry chocolat-orange pour ne pas se dire qu'on n'aura pas été jusqu'au bout... Je rappelle que la Margotte est sensée être militante alter... et aussi qu'on venait à peine de finir a digestion d'une grosse pizza au fromage...


Ensuite, la Scottish Elli, elle a fait ses valises, ses adieux, (pas) sa vaisselle, puis a été voir la Glaswegian Bee, dans sa ruche bleue, et qui fêtait (un peu à contre coeur avant la bouteille de Baileys, beaucoup plus volontiers après) son entrée dans la vingtaine (ou la trentaine, selon comme on compte) (noooon, je ne cherche en rien à te démoraliser là, ma ptite Béa).
Un Carrot-cake suintant ("ça fait un peu comme des fruits de mer"), des bougies qui faillirent ne jamais s'allumer, de longues marches au milieu des exubérantes lumières de Noël, une rasia sur le Pound Store, et, bien sûr, une veillée entre amies expat alimentée par le bon goût ébriétant du Baileys, ça a suffit pour rendre les adieux déchirants (de toutes façons, même si ça n'avait pas suffit, il l'auraient été quand même). Une qui reste, une qui part (sans aucune envie de partir, sur le moment).




-> ->



C'était la deuxième fois cette semaine que j'allais voir la Béa. Et pas seulement une ou deux petites heures comme ça : vraiment. J'ai une sacrée chance de l'avoir, ma scubienne-pas-loin. La journée de lundi était assez représentative : entre deux exams, petits plaisirs à la mode italo-franco-éossaise (crêpes parmesan cheddar bacon, puis Nutella), gambadage dans la nécropole (située, étrangement, contigument à la brewery de Tennent's... vous savez c'est là où y'a ce fameux panneau "ANGER = KEEP OUT"!), et couillonneries avec PhotoBooth...

(Ci-dessous une photo de ce qu'elle voit de la fenêtre de sa cuisine)



Scottish Elli ce n'est pas vraiment moi, ce n'est pas moi entière, et c'est un pan de moi qui est loin d'être, avouons-le, dans les meilleures conditions d'épanouissement possibles. Mais c'est quand même moi depuis 3 mois, et j'y tiens. Et quand elle s'est évanouie progressivement, un peu plus à chaque pas pris vers la France, vers ce pays aux résonances multiples et au froid glacial, ça n'a pas été sans douleur. Comme cette personne qu'on n'aime pas trop, mais qu'on a tant fréquenté qu'on y est fatalement attaché, et dont on va détester se séparer. Un trajet pris vers ma France à contre coeur, avec difficulté ; mais tout ça n'a été que transitoire, et Scottish Elli ne me laissa bientôt plus qu'un vague souvenir, tels ceux qui restent au matin de la personne qu'on a été en rêves... Elli-la-française a émergé, s'est réveillée et a repris contrôle, a pris sa place parmi les siens le plus naturellement du monde, comme si elle n'était jamais partie.



(Alors quoi, toute cette histoire d'Ecosse, c'est un rêve, c'est du survol, "ça n'existe pas"? ...)

mercredi 5 décembre 2007

"Je flippe"...

Premier exam demain et je ne bosse pas ... Je ne sais rien ...

Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi Pourquoi ...

Ca fait deux heures et demie que Margaux est partie, et je ne suis toujours pas entrain de ...

Hier ça allait, j'y arrivais ... plus ou moins ......

Mais la il est déja plus que nuit ... et je n'ai plus de jour de safeguard ... je n'ai plus un "potentiel" de 10 heures de boulot ... quoi que ça m'amènerait à 6h du matin ... mais ......

Comment tout ça va-t-il se finir? ...

A l'arrache comme d'habitude ...

Mais encore?... Qu'est-ce? ... La même chose que d'habitude ...

Evitement. "suicidaire", "autodestructeur", "autiste" ...

Le vertige du précipice ... Le flirt avec l'abîme ... Comme il est facile de se regarder sombrer, et tellement moins de s'opposer à la chûte ...

Crachons sur cette réalité conventionnelle, cette morne norme ... "Il faut que je travaille dur" ... Et si je ne le faisais pas? Flatter son ego en se posant à contre-courant ... "Jouer" avec le feu ... Rester personnage du film plaqué sur sa vie ... Beaucoup plus beau ... Beaucoup plus esthétique que bassement se plier aux "exigences" de la réalité.

Et, enfin, une fabrique à excuses ... Se détacher au lieu de risquer la confrontation ... "Ce n'est pas moi. J'en ai rien à foutre de tout ça. Un jour peut-être, je me trouverai, et je serai ... Mais pas là. Là, ce n'est rien, alors pourquoi m'investir?" ... Et si j'échoue, ce n'est pas moi qui aurai échoué puisque ça n'a jamais été moi, tout du long ...

Quelle imposture! ...

Il y a pourtant un prix à payer : le prix physique ... La petite voix qui nous ramène sur terre, qui nous sussure à l'oreille, de plus en plus fort, qu'il est impossible de s'échapper des contingences ... Le poids de l'éducation ... et pour conséquence la réponse physiologique du stress ... Mais c'est faible! ... Et dans tous les cas, contournable. Comment? En écrivant un message blog du genre de celui-ci ... Disséquer, mettre les mots pour exorciser. Se réfugier dans le connu. Actualiser les impressions. Leur mettre un cadre. Une direction. Un "mouvement". Tout redevient ... "safe".

Fixons tout de même une limite : 20 heures. A 20 heures, je ... commence.



PS : Bruxelles viendra...

EDIT : Heureusement, avec mon excellente note de Tutorial en European Union Politics... je peux me permettre de foirer la Bio!! Pas parce qu'il y a compensation possible, non... juste psychologiquement!!!

vendredi 2 novembre 2007

Rattrappage

J'ai jamais laissé passer autant de temps entre deux messages...

Bon il faut dire que depuis la dernière fois, je suis allée au Loch Lomond avec Béa, puis à Edinburgh (mais PAS avec mes colocs, toute seule, pour prendre mon avion, dans un épique élan commencé à 5h30 du matin), puis à Paris, à Ormoy, et enfin à Bruxelles avant de revenir à mon point de départ.
C'est à la fois une excuse pour ne pas avoir écrit, mais aussi surement un tort supplémentaire puisque je ne pourrais pas me plaindre que l'inspiration manque...

Et pourtant... si, un peu.

Je crois que le mieux (et puis si c'est pas le mieux, tanpis, c'est ce que je vais faire de toutes façons) serait que je procède par photo.




(Psst. Petit tips pour ceux d'entre vous qui feraient la lecture orale de ce paragraphe [nan mais qui voudrait bien faire une chose pareille???], je vous arrête tout de suite, avant que vous vous ridiculisiez. Ne commencez pas avant de vous être entraînés à prononcer ce nom : "Balloch". Pour ceux qui connaissent, c'est un peu comme le "Bellick" de Prison Break, sauf que c'est pas vraiment "e" mais bien un genre de mélange entre "a" et "e" ; par contre ça se finit pas pareil. En fait, il est vraiment très difficile de décrire comment ça se finit. C'est certainement pas "K". C'est pas non plus notre "ch" français. Peut-être un genre de "ch" allemand, mais avec plein d'air dedans. Balloch se prononcerait donc ... Baelei'chhh. J'ai bon, Béa?)

Balloch.
Terminus d'une des lignes des "Low level trains" ce qui correspond grosso modo à nos RER/TER (beh oui c'est ptit l'Ecosse, à quoi ça servirait de faire la distinction?). En bordure du grand Loch Lomond. C'est là où nous sommes descendues avec Béa pour notre petite balade prévue de longue date. Elle a mis longtemps à démarrer (la ballade pas Béa : quête d'une office de tourisme, paumage dans la partie moche de la ville, allers-retours pour tenter de gagner les bords du loch) et n'était pas toujours de tout repos (grande montée pour rejoindre un chemin quand le notre se trouva barré par un enclos de vaches dont les clôtures descendaient jusque dans l'eau), mais au final elle en valait la peine, surtout pour le parc du chateau sur lequel on tomba un peu par hasard au retour, superbe. Et puis bien sûr le Traditionnal Scottish Breakfast de 15h30...

Je suis sure que quand les tintinophiles d'entre vous pensent au Loch Lomond, ils n'imaginent pas le plus vaste lac d'Ecosse. Il s'agit en effet du whisky préféré du capitaine, et aussi de Milou, d'ailleurs! Les plus savants sauront que pourtant dans les premières éditions de l'Ile Noire, et quelques autres albums, le Loch Lomond n'existait pas, et Hergé s'était servi de la célèbre marque Johnnie Walker (avec son symbole le Striding Man qui mange les chats!!!! ;) ) , mais il avait du y renoncer pour des questions de copyright — les J.W. avaient un piètre sens des affaires!!. Du coup, il créa son propre whisky, Loch Lomond. Ce qui est amusant c'est qu'il existe bel et bien une distillerie de Scotch Whisky qui s'appelle comme ça en bordure du loch, mais celle-ci a été fondée APRES la publication des albums. Meilleur exemple de sens des affaires ici, pour une distillerie qui se vante improprement d'avoir produit le whisky préféré du capitaine, et qui est de ce fait devenu un haut lieu des parcours Tintin...

(au fait j'espère pour le pauvre capitaine que les Scots ne prononcent pas son nom comme ils prononcent Balloch!!!)



Photo suivante, s'il vous plait...

Ca c'est Mon Chez Moi. J'en avais un tel manque, un tel besoin. Une fois chez moi, c'était comme si je n'étais jamais partie. Ce qui se passe ici en Ecosse est une partie tellement infime de ma vie, après tout. Bon, il se trouve que c'est le "maintenant“. Mais cela mis à part, les 6 mois que je vais y passer en tout, sur 20 ans de vie, ça fait... un quarantième. Imaginons un gâteau, et imaginons ce que c'est qu'un quarantième de gateau. Une part de gateau c'est un huitième... donc ça fait un cinquième de part... une petite bouchée... Et si on pense à toute ma vie, que je vais chiffrer arbitrairement à 80 ans (même si selon une version plus petite de moi-même je suis sensée me suicider avant!), ça fait, ouh, un cent-soixantième, soit un vingtième de la part, autant dire une miette!!
(A part ça, c'est la première fois que j'écris le chiffre "20" en parlant de moi... haha... ca fait un peu drole...)

Un MAJEUR effet secondaire de ce retour aux sources, a été la “régression", le rembobinage des années. Peut-être dûe à cette interminable phase de transition dans laquelle je me trouve, dans laquelle n'importe qui se trouve à ce genre d'âge, transition entre l'enfance et ...ce qu'il y a ensuite. Et la transition est rude, on est dans l'inconnu, dans l'incertitude, on se perd... et c'est tellement rassurant de regarder constamment en arrière, de faire un voyage dans le temps pour se remettre dans la situation dans laquelle on était il n'y a pas si longtemps, se replier, régresser...

Et c'est d'autant plus facile pour moi qui ai eu une enfance qui a été rythmée par les... Pasinae... lol, un joli mot que je m'étais amusée à créer pour faire référence aux mondes parallèles dans lesquels je me projetais, ou bien qui servaient de prétexte à développer mes relations avec les autres, famille, amis proches, ou bien à créer, dessiner, écrire, musiquer... Développer un univers émotionnel dont ce seraient les points de repère... Films, livres, Jeux vidéo, séries, Musique, BD... ma cosmologie média, quoi... et qui est une part si importante de ma vie. Je me rappelle encore des listes que je prenais le plus grand soin à dresser, avec Flore, de tous ces univers, et de ce que j'aimais en eux...

Le seigneur des anneaux. Star Wars. Harry Potter. Little Big Adventure 2. Crash Team Racing. Warcraft. Settlers. Spyro. Rayman. Final Fantasy VIII. Friends. Alias. Tintin. Loïs et Clark. Lanfeust. Pat Metheny. Le Bus Magique. Prince Pipo. Pour ne citer que ceux qui me viennent en tête là...
Bon, ça reste très mainstream mais j'en ai pas honte...

Et maintenant, retour en force de tout ça. Symptome de l'enfance qui s'efface? J'ai pourtant accepté rationnellement que l'enfance s'effacait, et qu'il fallait que je regarde vers l'avenir. Ca a été une des choses les plus dures que j'ai du faire dans ma vie, mais je l'ai fait, pas plus tôt que l'an dernier. Mais le ménage est loin d'être fait, et l'éclat tentateur de mes souvenirs ne s'est pas terni pour autant. D'ou des vagues "régressives", comme dirait maman. Des nostalgies...

Donc voilà, et la dernière manifestation en date, je me suis commandé une petite playstation sur internet...




Je parle de mon chez moi, mais c'est aussi mon clan. Mes parents. Et mention spéciale pour mon Couillon. Les moments trop précieux et qui font oublier tous les moments "relou", et pendant lesquels je pense que j'ai vraiment trop de la chance "d'être deux". Ya de grandes chances que ça soit lié avec ce que je viens de dire, c'est même certain. L'énorme passé partagé avec Simon, toute notre imagerie de la Couillonnerie qui doit plus ou moins être un avatar de cette cosmologie de trucs et du fait qu'on y est encore considérablement attaché malgré notre âge. C'est bon d'être Couillons ensemble, de retourner dans le nid duquel on doit s'arracher. Et on le fait tellement bien. On a tellement les mêmes références. Et tellement de tendresse. Et ça me manque tellement quelqu'un qui a les mêmes références et la même tendresse, dans cette étrange environnement où je me trouve, a Stirling. Ca devrait être pareil avec Flore, même si on se voit moins. (Et peut-être même Azilis?
Alors d'accord, c'est peut-être du narcissisme, du miroir, on voit en l'autre un bout de soi-même qui nous manque, on s'y met à deux pour le voyage dans le temps... Mais soit!

D'un autre côté, il y avaient ces moments de vide, ou je me sentais impuissante ... ces questions qui reviennent, je me demande ce que je fais là dans cette maison, bien qu'unique maison de ma vie, je me dis que il ne faut pas se leurrer, que malgré tout ça fait longtemps qu'elle a été décharnée, vidée de sa sustance, que tout ce que je peux "en" faire c'est me mettre devant la TV à regarder une série ou un film... Ou m'enfermer dans mon lit... Que la petite Camille superactive est très, très loin derrière malgré tout.
Mais ce sentiment ne dure jamais très longtemps...



Bon, sans davantage s'éterniser envoyons la suite...

Ya aussi de ça qu'il faut que je parle. L'UE... La perspective d'un master Métiers de l'Europe de vient de moins en moins "par défaut" et de plus en plus "par plaisir" pour moi! Et même si, pourquoi pas, comme disait Pierre, faire le master Latour après, mais si c'est pas possible, j'aurai pas l'impression d'avoir raté ma vie...je crois.



Ce moche bâtiment ci-dessus est celui de la Commission. Et je rajoute encore une petite photo pour avoir une raison de dire que Bruxelles est loin d'être une moche ville, contrairement aux dires de certaines personnes :



Voilà, là on revient à "ici", ma chambre de Stirling. Sentiments mitigés comme d'habitude. à la fois une motivation nouvelle au travail, qui es bienvenue ; mais aussi une prise de distance nouvelle par rapport à mes collègues d'appartement. La copine d'Andy est maintenant là, ce qui le rend indisponible et moins demandeur. Jen est toujours encraiguée semble-t-il, même si elle m'a gentiment proposé de venir chez elle un de ces week-end. Quant à Jackie, on est sensées se regarder des Prison Break ensemble. M'enfin, pas de grande dégustation fromage, pas de besoin de meddle in, je reste dans ma chambre, ou pars pour la bibli du campus.

L'automne a changé de phase, mais on a encore des moments encore plus mystérieux qu'avant que créé l'étrange lumière. Mais la nuit commence à tomber excessivement tôt, je déteste ça.




Je n'ai pas de photo d'Edinburgh, mais les évènements qui y sont liés ne méritent qu'à moitié d'être mentionés dont c'est pas grave. Focalisons sur le bright side, ce petit moment ou j'ai pu voir le levé de soleil sur la ville, suivi d'un city sightseeing improvisé aux premières loges de l'étage du bus jusqu'à l'aéroport.
Oh et l'heureuse rencontre d'un autre Chris ("rencontré" en fait deux jours plus tôt chez Margaux — tiens comment vas tu Margaux?? :)) qui s'envolait comme moi vers Paris.

Je m'arrête là...


vendredi 19 octobre 2007

The Shortest (shittiest?) Day Ever.

Sale journée de merde où je me réveille à 17h et il fait déjà presque nuit.
Sale journée de merde où même si le réveil avait sonné je n'aurais pas pris la peine de me lever.
Sale journée de merde où je n'ai rien envie de faire que de me recoucher.
Sale journée de merde ou j'ai encore manqué des cours.
Sale journée de merde où j'ai un million de boulot en retard mais je me sens paralysée.
Sale temps de merde, aussi.

La seule chose qui n'est pas "sale" et "de merde" dans cette journée c'est qu'elle va être suivie par 3 potentiellement bonnes journées : une journée de balades avec Béa puis une journée d'escapade à Edinburgh puis une journée de retour en France parmi les miens...

Mais CETTE journée LA, je la déteste.

Le Mid-semester break est le bienvenu, parce que là, je sature. Je sais pas de quoi, seulement le cycle habituel qui suit son cours et qui fait qu'à une période d'équilibre sanitaire en succèdent d'autres moins équilibrées mais toujours teintées d'un semblant de rhythme, jusqu'à ce que finalement, non seulement je finisse par devenir incapable de me lever le matin, mais que le reste de journée se réduise à une suite d'idées noires. Ma seule consolation est que je suis très familière du phénomène, je connais ce cycle, je sais qu'il est inévitable et que tout aussi inévitablement il finira par se réinitialiser, et je recommencerai avec les chances de mon côté ; ce n'est qu'une question de temps. Vraisemblablement, l'évènement purificateur en sera ce break d'une semaine, changement de décor, prétexte à un nouveau départ, et après il n'y aura plus qu'à tenir jusqu'aux exams de décembre ; et qui dit exams, dit pas vraiment d'autre choix que de prendre sur soi. Mais n'anticipons pas. Chaque chose en son temps. La priorité pour l'instant est de faire en sorte que la journée ne soit pas une totale non-existence. Quelques heures de boulot, et un film avec Margaux le soir, me semblent une bonne idée. Puis, couchée tôt (dans la mesure du possible pour quelqu'un qui s'est levé à 17h), car demain, journée avec la Béa, et début du processus de Reset.

Bon, il faut rebondir, comme dirait mamounette sur son blog, boïng, boïng, clap zouing boum tralala.


vendredi 12 octobre 2007

Jaune, Orange, Vert, Gris.



Alexander Court se pare de couleurs d’automne.

Des taches oranges et jaunes se mèlent aux tapis verts et gris, et la lumière a changé. Aux rayons insolents de l'été succèdent de plus timides. Et même si tout à coup, le soleil sait concentrer tous ses efforts pour recréer l'illusion, celle-ci est de courte durée, avant que le voile ne retombe.




Le silence se fait aussi. Ou peut-être que la différence, c'est que désormais, on l'entend. De temps à autres, il laisse la place à la voix mélancolique de Thom Yorke, qui sait trop bien se fondre dans le décor. On dirait parfois qu'elle provient du ciel blanc. Vibre dans le paysage, fait tomber les feuilles et soufflotter le vent.

Le matin, c'est une autre histoire, et on se croirait dans les champs de neige. Le givre s'accroche aux brins d'herbe rase, et la brume remontée depuis le lac pare les colines de golf d'une auréole évanescente.

Le soir, la nuit tombe lourdement et sans appel, de plus en plus tôt. Mais il ne fait pas encore trop froid.

Malgré tout, il y a quelque chose d'attrayant à regarder dehors, ou à s'y retrouver. C'est même encore plus tentant que d'habitude. Pour rien au monde on ne voudrait manquer le petit instant parfait ou le rayon de soleil vient lécher les feuilles jaunes qui pointillent les tapis d'herbe. Ca sent la fin. C'est précieux...

Alors on met ses plus beaux vêtements et on va jouer à se foutre la tronche par terre, et se rouler dans la boue fraiche. Et on appelle ça "baseball" parce que ça fait classe...

Ce n'est pas seulement le dehors qui change avec la saison. Effet de miroir : en l'espace de quelques jours, le dedans a changé aussi. Dedans ma chambrette, dedans moi. Apaisement. Dissolution des tensions. Une sorte d'équilibre paisible qui s'est mis en place... Il ressemble un peu au "ca va aller" qui en fait va et vient depuis un mois. Mais ce n'est pas exactement ça... c'est plutôt un "ça va", qui constate et qui dit.

Et c'est vrai d'ailleurs, ça va. La "mood homeostasis" semble enfin avoir trouvé son système régulant. Et cet équilibre à même su survivre à la double tempête de mercredi - jeudi soir. Equilibre : je me suis faite ma petite place, un petit acquis qui fait que plus rien ne me fait douter du fait que j'existe. A partir de cela, ça y est, je peux construire.

Maintenant, il faut que je me pose la question de ce que j'ai envie de construire...

Avant de construire, il faut aussi reconstruire. A commencer par ma voix. J'avais pas réalisé à quel point elle avait souffert, dans l'histoire. Je ne sais pas si c'est le changement d'air, ou bien sa sous-utilisation, mais ma voix était en piteux état ; chanter il ne fallait même pas y penser, un petit râle aigü dans un souffle court, c'était le maximum que je pouvais produire. Il fallait donc prendre le taureau par les cornes et accepter de tout reprendre depuis le début. D'accepter le petit râle, afin de pouvoir l'apprivoiser finalement. Y mettre le temps d'abord. Accepter l'échec. Et accepter que, peut-être, je ne sois pas la seule à profiter de ce concert grinçant. Mais assumer. Et ça a payé... à une heure de torture et de découragement a succédé une heure de reprise de confiance et d'espoir. Et maintenant, je sais au moins qu'elle est encore là quelque part, prête à revenir bientôt. Ma petite voix chantée que j'aime.




Ce qui me manque le plus, là tout de suite, c'est ... un massage aux huiles essentielles.