Un silence depuis 2 semaines qui n’a rien d’accidentel.
Car ce deuxième semestre se poursuit lui aussi inaccidenté.
Je ne m’ennuie pas, non. Je vis. Je sors. Je vois du monde (un peu). Je fais des choses. Je me passionne pour mes cours. Les jours s’allongent, et même si la météo est davantage dans les standards écossais post-apo que d’habitude, je me plais à être ici.
Mais en levant le nez du guidon et posant le regard contemplatif de la bloggeuse sur cette vie, rien ne me saute au visage. Rien ne s’impose à ma plume numérique. « Things have been happening, I just... ». C’est précisément ça, Jen. Ce n’est pas que rien ne s’est passé, c’est que rien n’est davantage digne d’être raconté qu’autre chose. L’équilibre général normalise la kyrielle d’évènements qui a fait ma vie ces dernières semaines. Pas question de tout raconter, ce sera donc rien, par défaut. Et pourtant, je n’ai jamais été aussi en harmonie, ici en Ecosse.
En marge de cela, et dans cette même vie mais décalé de quelques degrés de réalité, des forces contraires s’affrontent dans la violence et amènent leur lot de changements et d’espoirs. Pour l’instant, il n’y a qu’en haute mer que la tempête rage. Pas de tsunami qui déferle sur les eaux côtières, mais les marées se transforment, lentement mais sûrement, durablement. Je mue. Je deviens moi.
...Il me semble que je n’en demandais pas plus, le semestre dernier : une vie active et rangée, et des enjeux intellectuels stimulants me poussant à la remise en question.

Un semestre inaccidenté, disais-je... jusqu’à ce que le grain de sable s’engouffre dans la belle mécanique. J’en ai déjà parlé, mais à la mesure du non-évènement que c’était à l’origine : un dérèglement d’ordinateur. Qui aurait pu prévoir à quel point ce dérèglement allait être contagieux? C’est que la Pomme et son mac vivent en symbiose, et toute affliction de l’un infecte l’autre.
La douleur est chronique, imprévisible, inévitable, incurable. Les convulsions arrivent et bloquent irrémédiablement toute activité, pendant une minute, ou 10, ou 20. Un bruit, un ronronnement régulier et lobotomisant émane de la machine blessée, qui s’étale, s’étale, prend tout l’espace, tout l’esprit, ne laissant en moi que de l’ « helplessness » face à ce partenaire agonisant, qui me rejette sans qu’il n’y ait rien que je puisse faire.
Ca tourne à l'obsession. Depuis l’accident je ne dors pas bien la nuit. L’enthousiasme qui me reste au réveil est crevé dans l’oeuf, quand je constate que la nuit n’y a rien changé. L’empathie se transforme en frustration. Tout élan est coupé court, toute motivation est enchaînée. Je traine un boulet à mon pied depuis une semaine et demie. Je suis handicapée. La frustration se fait haine, dégout de me faire touner le dos au moment ou j’aurais le plus besoin de soutien. A la force intellectuelle et émotionnelle qui me pousse vers l’avant s’oppose implacablement cette inertie qui divise le temps, multiplie la durée, distort et dilue toute entreprise. Je suis immobilisée, réduite à l’inaction, vidée, privée de perspective, n’ayant plus qu’à attendre un temps indéfini. La haine se mue en rage, la rage en folie, puis en néant spirituel. Mon monde est mis sur pause. Mon futur m’est confisqué. A l’image de la machine, je me dépressurise. Dépression, risée : des nuages viennent la pluie, je m'écoule, je m'écroule...
Chaque jour, la gangraine gagne un peu de terrain. Chaque jour je me fane un peu, comme les fleurs sur ma commode.
Alors oui, il y a quelques démarches que je pourrais opposer à la fatalité, quelques démarches, sans doûte pas si compliquées que ca. Mais les forces me manquent.
Cette incapacitation ravive une vieille blessure. Celle du manque, de la privation de vous. Il s’abat sur moi alors que me sont coupés les vivres qui me permettent de la compenser, de la contourner. Pour tant de choses, et celle-ci avec, je suis entièrement tributaire de l’ElliMac, ma passerelle vers... vers tout. Le Portail s’est enrayé. Il ne reste alors plus que « moi, ici », plantée devant, exclue, prisonnière de mes manques, étouffée par ce ronronnement martelé qui imprime ses messages subliminaux dans ma coquille vide.
Si je suis capable d’écrire tout ça, maintenant, c’est dans un répis, une brèche, une fissure dans le mur des plantages. Il semblerait que couper Internet diminue leur fréquence. Serait-ce un signal ? Que faut-il que j’en fasse ?
Je me sens d’autant plus ralentir que l’enseignement écossais nous fait vivre dans la langueur extrème. L’unité de temps ici n’est pas la journée, mais la semaine. Mais la cadence des plantages explose cette semaine en autant de micro-cellules, imposant un micro-rhytme, une vie fragmentée, disséquée.
Tout ça pour ça...
Mars s’étend devant moi comme le champ de blé sur le plateau d’Ormoy-la-Rivière dans mon regard de petite fille.
Car ce deuxième semestre se poursuit lui aussi inaccidenté.
Je ne m’ennuie pas, non. Je vis. Je sors. Je vois du monde (un peu). Je fais des choses. Je me passionne pour mes cours. Les jours s’allongent, et même si la météo est davantage dans les standards écossais post-apo que d’habitude, je me plais à être ici.
Mais en levant le nez du guidon et posant le regard contemplatif de la bloggeuse sur cette vie, rien ne me saute au visage. Rien ne s’impose à ma plume numérique. « Things have been happening, I just... ». C’est précisément ça, Jen. Ce n’est pas que rien ne s’est passé, c’est que rien n’est davantage digne d’être raconté qu’autre chose. L’équilibre général normalise la kyrielle d’évènements qui a fait ma vie ces dernières semaines. Pas question de tout raconter, ce sera donc rien, par défaut. Et pourtant, je n’ai jamais été aussi en harmonie, ici en Ecosse.
En marge de cela, et dans cette même vie mais décalé de quelques degrés de réalité, des forces contraires s’affrontent dans la violence et amènent leur lot de changements et d’espoirs. Pour l’instant, il n’y a qu’en haute mer que la tempête rage. Pas de tsunami qui déferle sur les eaux côtières, mais les marées se transforment, lentement mais sûrement, durablement. Je mue. Je deviens moi.
...Il me semble que je n’en demandais pas plus, le semestre dernier : une vie active et rangée, et des enjeux intellectuels stimulants me poussant à la remise en question.

Un semestre inaccidenté, disais-je... jusqu’à ce que le grain de sable s’engouffre dans la belle mécanique. J’en ai déjà parlé, mais à la mesure du non-évènement que c’était à l’origine : un dérèglement d’ordinateur. Qui aurait pu prévoir à quel point ce dérèglement allait être contagieux? C’est que la Pomme et son mac vivent en symbiose, et toute affliction de l’un infecte l’autre.
La douleur est chronique, imprévisible, inévitable, incurable. Les convulsions arrivent et bloquent irrémédiablement toute activité, pendant une minute, ou 10, ou 20. Un bruit, un ronronnement régulier et lobotomisant émane de la machine blessée, qui s’étale, s’étale, prend tout l’espace, tout l’esprit, ne laissant en moi que de l’ « helplessness » face à ce partenaire agonisant, qui me rejette sans qu’il n’y ait rien que je puisse faire.
Ca tourne à l'obsession. Depuis l’accident je ne dors pas bien la nuit. L’enthousiasme qui me reste au réveil est crevé dans l’oeuf, quand je constate que la nuit n’y a rien changé. L’empathie se transforme en frustration. Tout élan est coupé court, toute motivation est enchaînée. Je traine un boulet à mon pied depuis une semaine et demie. Je suis handicapée. La frustration se fait haine, dégout de me faire touner le dos au moment ou j’aurais le plus besoin de soutien. A la force intellectuelle et émotionnelle qui me pousse vers l’avant s’oppose implacablement cette inertie qui divise le temps, multiplie la durée, distort et dilue toute entreprise. Je suis immobilisée, réduite à l’inaction, vidée, privée de perspective, n’ayant plus qu’à attendre un temps indéfini. La haine se mue en rage, la rage en folie, puis en néant spirituel. Mon monde est mis sur pause. Mon futur m’est confisqué. A l’image de la machine, je me dépressurise. Dépression, risée : des nuages viennent la pluie, je m'écoule, je m'écroule...
Chaque jour, la gangraine gagne un peu de terrain. Chaque jour je me fane un peu, comme les fleurs sur ma commode.
Alors oui, il y a quelques démarches que je pourrais opposer à la fatalité, quelques démarches, sans doûte pas si compliquées que ca. Mais les forces me manquent.
Cette incapacitation ravive une vieille blessure. Celle du manque, de la privation de vous. Il s’abat sur moi alors que me sont coupés les vivres qui me permettent de la compenser, de la contourner. Pour tant de choses, et celle-ci avec, je suis entièrement tributaire de l’ElliMac, ma passerelle vers... vers tout. Le Portail s’est enrayé. Il ne reste alors plus que « moi, ici », plantée devant, exclue, prisonnière de mes manques, étouffée par ce ronronnement martelé qui imprime ses messages subliminaux dans ma coquille vide.
Si je suis capable d’écrire tout ça, maintenant, c’est dans un répis, une brèche, une fissure dans le mur des plantages. Il semblerait que couper Internet diminue leur fréquence. Serait-ce un signal ? Que faut-il que j’en fasse ?
Je me sens d’autant plus ralentir que l’enseignement écossais nous fait vivre dans la langueur extrème. L’unité de temps ici n’est pas la journée, mais la semaine. Mais la cadence des plantages explose cette semaine en autant de micro-cellules, imposant un micro-rhytme, une vie fragmentée, disséquée.
Tout ça pour ça...
Mars s’étend devant moi comme le champ de blé sur le plateau d’Ormoy-la-Rivière dans mon regard de petite fille.
















































